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Quand on me demande des explications sur ce que l'on appelle mes murs, mes fenêtres ou mes portes, je précise que j'ai fait en réalité moins de murs, de fenêtres ou de portes qu'on ne l'imagine.
Regarder le travail de Dominique Piveteaud, c’est d’abord chercher. Passer ce que l’on appelle ses portes ou ses fenêtres, c’est s’être emparé d’un paradoxe. Dans ces œuvres, on ne trouve jamais, on re-trouve. Parce que ce que l’on saisit ne peut appartenir qu’à soi. Mais on ne s’en empare que parce qu’il a été placé là par quelqu’un d’autre, l’artiste, au cœur de l’œuvre.
Devant une véritable oeuvre d'art, le spectateur doit ressentir la nécessité d'un examen de conscience, d'une révision de son domaine conceptuel. L'artiste doit lui faire toucher du doigt les limites de son univers et lui ouvrir des perspectives nouvelles.
C’est le temps de l’atelier. Lorsque Dominique Piveteaud prélève dans l’espace urbain les morceaux de zinc qui seront le corps de l’œuvre, il ne se contente pas de prolonger la vie de ses fragments empreints d’histoire. L’objet ne change pas tant de forme que de nature. Il est à présent porteur de l’intention de l’auteur qu’il recèle plus qu’il ne montre.
Car, dans toute œuvre d'art peut-être, de façon plus ou moins cachée, […] il y a chevauchement, emboîtement, interversion de deux démarches : par la création, faire une œuvre achevée en tant que produit d'un processus ; par le traitement de ce processus en produit, construire, à partir de celui-ci une œuvre inachevée qui ne soit pas seulement un autre produit, mais qui soit censée susciter chez l'interprète, chez l'usager, une activité de création complémentaire. ./…
Le champ dynamique que sa construction engendre offre […] des espaces vacants, des réseaux de rapports à arranger et à déranger […], des chemins plus ou moins probables dessinés en filigrane.
Les chemins existent, mais seul l’engagement du visiteur rend le voyage possible. Un voyage qui peut être long, tant certaines œuvres demandent à être regardées et regardées encore. Et si parfois on aperçoit une ombre en chemin, c’est sans doute parce que l’auteur n’a jamais cessé d’être là, tout près.
Mais l’oeuvre présente aussi des trous, masqués parfois par des fausses fenêtres ou du trompe-l'œil, des interstices où se profilent d'autres représentants psychiques inconscients que celui que l'auteur projette de faire fonctionner comme organisateurs de l'œuvre, des lacunes par lesquelles l'inconscient, faute d'avoir la parole, signe sa présence silencieuse et témoigne de son inlassable activité, un vide enfin qui n'est pas que la trace en creux de tous les êtres chers, de tous les biens perdus. Le dessein, le plan de l'œuvre, son exécution […] sont affectés de blancs, qui ont la couleur des angoisses les plus noires. ./…
Clarisse Blanchaud, décembre 2004
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