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Depuis 1977, Olivier Rougerie, fils de Marie-Thérèse
et de René, est arrivé officiellement dans la maison. Il
en porte la responsabilité commerciale et éditoriale depuis
1988. Garant des relations humaines - qu'auteurs et illustrateurs s'entendent
et se répondent, que poètes, libraires, bibliothèques
n'oublient pas les traits du beau visage des éditions Rougerie,
que les allées de parc qui mènent au livre soient saines
- Olivier n'est pas moins exigeant, ni fier, ni généreux,
ni compétent que le furent et le sont toujours ses parents.
René, légataire universel des documents de Saint-Pol Roux,
grand ami du " poète, marin et vigneron " qu'était
Paul Pugnaud, s'occupe de jeter encore des clartés sur leurs uvres
- et d'assister le façonnage des parutions de la maison.
Marie-Thérèse est un rocher, de bon sens, d'humour : Olivier
et René, en premier et dernier recours, prennent auprès
d'elle l'avis ultime, le "bon-à-défendre", apposent
sur l'épreuve le cachet de sa lucidité - mais elle n'a plus
la patience chaque matin de décacheter le courrier, de lire les
manuscrits, d'en trier avec pertinence les bons et les mauvais effets.
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| Les caractères linotypés
avant assemblage |
"Personne n'admet plus la critique", dit-elle,
"Tout le monde écrit mais plus personne ne lit ; il y a bien
toujours quelqu'un qui croit avoir quelque chose à donner, mais
personne qui se préoccupe de recevoir"... Bouteilles à
la mer, détresse et manque d'humilité qui brouillent le
teint du monde littéraire moderne, et lassent cette femme qui prend
le temps de réfléchir avant de parler, de changer, d'échanger,
de maintenir... On attend, on n'écoute pas les rumeurs, on ne prospecte
plus ; en dehors de l'action, on fait mine d'espérer avec de trop
faibles convictions... L'agacement a remplacé chez Marie-Thérèse
l'excitation de la découverte : jeunes littérateurs, n'avez-vous
pas honte ?
Olivier est le résultat d'une conjonction : il
est dépositaire de la largesse communicative de son père,
et de la répartie tranquille et spirituelle de sa mère.
Ce qu'il aime ? ... Il se souvient, il s'en est nourri, des réunions
épiques et cocasses au quartier général, autour de
la table de Mortemart, de ces poètes qui n'étaient pas que
des noms. Ce en quoi il croit, il l'expose jusque dans son sourire inébranlable,
une baie brillante et granitique. Sa vocation d'éditeur est une
vocation de Samaritain, un serment d'arbitre, une confession de médiateur...
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Les auteurs de poésie, marginalisés, n'ont
hélas parfois pas trouvé d'autre bouclier que la haine :
mépris de la concurrence, mais aussi de la curiosité, de
leur propre curiosité. Les rivalités, Olivier les comprend
mais ne les excuse pas. Il veut juste s'investir dans la cause de pour
qui écrire est essentiel, une nécessité quotidienne
mais travaillée, une qualité ajoutée, un bénéfice
d'âme, un don de clairvoyance. Les jaloux, les égocentriques,
qui parlent de ce qu'ils ont fait mais pas de ce qu'ils sont, ces intellectuels
atonaux iront se faire mal-aimer ailleurs.
Cela fait dix ans qu'Olivier est étonné
de recevoir des manuscrits qu'il ne publiera jamais, quand l'expéditeur
croit pouvoir le forcer à changer de bataille. Olivier repousse
avec délicatesse les impudents. Pour les admissibles, peu importe
les quelques faiblesses d'écriture, que le temps et l'affirmation
d'une identité corrigeront : Olivier guette à côté
de la ligne l'espace résonateur du silence. La poésie qu'il
prendra dans ses bras, graphiquement, substantifiquement, sera concise,
l'exact contraire du discours et du roman... " La modernité,
c'est pour moi revenir au métier, même empiriquement, à
l'épure, ne surtout pas mélanger les genres, ni se perdre
dans des ramifications trop libérales. "
Nous sommes les bienheureux rescapés de nos angoisses : les eaux
de Mortemart resteront limpides.
Par Florence Noailles
Mortemart
le 20 août 2000
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