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| ©Jean-Luc Moreau Romain |
Au commencement était le dessinateur intransigeant de sujets "purs".
Non pas par exigence de clarté, mais pour capter et redéfinir l'essence
éphémère qui a développé puis nourri son souci de redonner
la parole à la lettre, d'approfondir le volume en travaillant sa surface,
de construire l'espace de couleurs.
Se concentrer sur l'évidence n'apporte rien : l'interprétation
dépasse la démonstration ; la première cerne les lignes de forces qui
conduisent à une perception psychologique du modèle jusqu'à ce que la
liaison optique se charge de l'impression reçue par le biais d'un langage
personnalisé - appréhensible par un regard qui s'offre à une communion
identique - et qui, en devenant une incidence plus qu'une conséquence,
transparaît comme une vision plutôt qu'une observation.
Dans la calligraphie, Jean-Luc ne revendique pas une
conception artisanale qui cultiverait le beau-faire et la technique. Cet
exercice de virtuosité appauvrirait le sujet en le détournant de lui-même,
dont la valeur, d'ailleurs, est intrinsèque tout autant à ce qui s'en
dégage qu'à son intégrité.
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| ©Jean-Luc Moreau Romain |
Il ne s'agit pas ici de créer une diversion par rapport aux sens des
mots, mais de les compléter, comme les accents et les intonations
de la langue parlée les libèrent de leur poids en les ouvrant différemment
selon l'expérience de leur réception...
Le véritable dire de la parole est dans le son, dans le geste; neutralisée,
elle devient froide. Le calligraphe restaure sa musique propre et organise
l'ensemble comme une chorégraphie, guidé par des injonctions mélodiques
et rythmiques.
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| porte "Définitions"
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Le texte devient un effet animé de respirations, et la
compréhension, une nécessité secondaire. Les dessins
de nus forment le seuil et le passage entre les uvres peintes dirigées
en aplats et de résonances de couleurs, et la calligraphie qui
déclôt le texte de ses limites formelles et réductrices.
Ils sont de ces préludes libres qui recherchent l'accord, une écriture
des corps, une harmonisation des contenus et du contenant, opposés, semblables,
complémentaires... comme les peintures, la capture d'un état, d'un instant.
En saisir le plus en en dénaturant le moins est le principe de toutes
les compositions de Jean-Luc, qui croit en l'efficacité du geste direct.
La plénitude nait du refus de la complexification; la décision, des concordances
du hasard; la sûreté, de l'absence de rectification; l'intensité
lumineuse, de la gestion du vide.
Il n'est pas à son avis de représentation qui engendrerait de point de
vue indivisible, puisque la description ôte leur lisibilité aux modèles
et aux objets... Où l'originalité et la sincérité du langage plus que
tout discours permet d'en recueillir la magie sensitive.
par Florence Noailles
Rencontre le jeudi 20 avril 2000
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