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Ouvrier du secret, travailleur de la ville, Dominique Piveteaud parle
comme immergé en eaux calmes, bien plus ivre qu'asphyxié.
Ce cueilleur- récolteur de faillite ou pêcheur d'irrégularités
? -, chevillé aux caprices des décadences annoncées,
avoue, si jamais il lui manque, s'inventer les maquettes d'un chantier
archéologique où il s'offre de faire de l'objet de sa recherche
la recherche elle-même, sans se préoccuper de restituer d'autre
saisissement que ce qui serait le plaisir de prolonger de mémoire
une sensation harmonique, goûteuse, olfactive peut-être...
L'humilité de ce scientiste du hasard est en forme d'interrogation,
toute en volume.
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| Fer et zinc |
N'est qu'à regarder le ruminateur d'énigmes jouer le spectateur
et épuiser sa contemplation, puis s'en retourner accueillir la
chute des toits, les dérivations des trottoirs, la portion baroque
des bitumes élastiques, l'engouement pour la métempsycose
des tôles friables, l'urbaine civilité des métaux
poreux ou des ardoises palpées par le doigt des averses : tout
ce qui peut se rappeler, se convoquer à nouveau dans sa pliure,
dans sa torsion, son ravinement, dans sa face érodée et
son revers éloquent- ce qui fait du matériau issu et manipulé
de mains d'homme, superficiellement subordonné et usé par
les accrocs du temps, un objet pur.
Zinc adoucis, parchemins de rouille, délicatesse
des ciselures involontaires, châsses, couvertures et tabernacles
- où certains se voient au travers de rangs de fenêtres domestiquées
comme des psychés, dressées comme des lits de camp. Dominique
n'accumule pas mais série, saupoudre, jusqu'à l'évanouissement
de l'émotion que la répétition du déplacement,
du nomadisme des choses, puisqu'elles seules semblent se décider,
lui procure.
Où d'autres s'obstineraient à le nommer, il se met en voyage,
en vacation, lancinemment, à la recherche de la multiplication
du mystère.
Ces matières meurtries, comme peut l'être le visage de vieillards,
si beau de n'occulter, de ne pouvoir tromper, aucune des marques de leur
histoire, Dominique Piveteaud, de ses pinces d'obstétricien, de
ses coutures de clous, en replie les coudes froissés comme il enroulerait
dans ses ailes un oiseau en rupture d'élément porteur :
l'animal mue, sans doute, mais à l'envers ; de son passé,
il eut le bien de conserver l'épaisseur de toutes ses peaux, de
là qu'il soit capable de se survivre sans cesse...
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Fer et zinc
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D'objet universel n'existe que le mot le désignant ; de sens à
celui-ci : l'idée d'un passage, comme s'il se vérifiait
de par sa trace, se rassurait de son approximation- une lettre que l'on
chérirait pour l'application de son cachet, un bois dont l'odeur
répond à la saison... L'objet se démontre seul ;
son appartenance à la série le rend plus constant, plus
éphémère : un vestibule semé de glaces où
les gestes s'inversent, se replacent, hésitent entre la réalité
et l'appréhension de la fiction, l'identification et la métamorphose,
le prochain et le propre... Surtout que le doute se recompose et que l'ignorance
dissipe la relation de cause à effet.
Ces bouquets de ferrailleur, qu'on imaginerait hérissés
de piquants, exhibant leurs entrailles broyées et leur os cassants,
s'écartent de l'évènement avec des ourlets tendres,
des postures assagies, n'agitant rien que la rotondité et l'évidente
transfiguration d'une eau stagnante... Ce que l'artifice humain a caché
du paysage, la corrosion l'y a réintroduit et naturalisé,
avec une lucidité de visionnaire, d'obsédants ressacs, une
perméabilité envahissante : comme si le ciel avait déchiré
un pan de son habit pour protéger nos têtes et se donnant
la liberté de dessous le manteau nous bénir ou nous faire
disparaître. La ruine agit en destin, l'altération réconforte,
sinon l'éternité nous dissiperait - or, l'existence, si
fugace soit-elle, l'inclut en elle, tout entière.
Par Florence Noailles
Rencontre le 20 janvier 2001
Nanterre
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