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Un pédagogue est-ce vraiment un professeur ? Un pédagogue
enseigne surtout l'art, quel qu'il soit, de la curiosité - ni un
savoir faire, ni un savoir voir, peut-être non plus un savoir vivre,
mais un savoir, si c'en est un, être. Apprendre n'est pas une fin
en soi, mais un outil qui ne remplace pas la singularité de la
main qui le conduit. Pascale Louis est un maître apprécié,
sévère...
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| L'aurore à Essaouira |
Toujours en ses cours, des regards d'enfants,
sans écran, directs, informels, d'une justesse sensuelle que la
" maturité " refuse aux élèves plus âgés...
Fraîcheur intelligente, ou perspicace, que Pascale porte en elle,
ne cherchant que la rencontre de hasards émerveillés - ces
insignifiances sur lesquelles, insignifiants nous-mêmes, nous omettons
de nous pencher.
En quête d'une extase quotidienne, comme ces retardataires incorrigibles
qui en leur manie contestent le moment de la sentence, Pascale comprime
son envie comme un jet d'eau ; puis d'un coup cette envie de peindre la
soulève, comme une bourrasque, quand d'après le modèle
vivant elle dit faire quelques pas d'assouplissement, quand elle s'arrête
surprise par on ne sait quoi devant deux roses... Grandissant dans son
esprit, s'y épanouissant comme une fleur, presque entêtée
à terminer après l'heure sa germination, le sujet surgit,
tout de suite rythmé, sonore, appétissant. C'est cela peut-être
: Pascale cuisine, apprête, invite le regard comme un convive à
la table de ses menus vivants.
Pourtant, dans son regard, une prédation : " j'ai des choses
à dire " - plutôt je dirai que vous avez le rien à
dire, ce rien à emplir, à contester, comme le récusent
vos aquarelles faites d'après modèle mouvant, dont vous
saisissez non pas l'ordonnance mais le tracé des déplacements,
dont vous décalez le trait sur l'ombre colorée et le creux
sur la substance - et qui donnent à la fin cette étrange
impression du nymphéa qui mange tous les jours un peu plus la surface
de l'étang... Dans la dilution du passage, c'est ici mettre en
perspective le temps, dans le lavis le laissé filer, comme l'on
file une métaphore, désarmorçant la cruauté
des instants successifs, accumulant sur le papier l'âge comme il
aurait marqué un lieu, un visage... Présent qui est comme
d'un être, " passé-présent " ; et le peintre
le sait sans savoir, sans se douter, doutant.
En apparence tout est simple, la limite nous appartient, mais Pascale,
dans les emplois de matières et l'élaboration des fonds
n'a de cesse de diaboliser, de tourner en dérision, d'érotiser
ses natures " mortes " : façon de mettre à distance
l'obsession taraudante qu'est " peindre des choses l'idée
qu'on a d'elles ", si toutefois ce ne serait pas plutôt elles
qui nous martyrisent d'émotions envahissantes...
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Déferlante
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Un cadre se détend hors de l'accroche, indique la coulisse, donne
le tempo par l'anacrouse. Quelque chose d'aristocratique dans l'habit,
le vernis, l'enduit, la perruque et les poudres... Des fenêtres
bordant des intérieurs cossus que l'on devine un peu derrière
le chambranle croulant sous les parfums de lilas, le canevas des lierres,
près des empourprements de la vigne vierge... Des fruits au velours
flamand, une épaisseur indécelable, désormais l'envie
d'un travail s'approchant de la fresque, de son éternité
poreuse, de son épiderme battu à vif, du veinage des corps
parcourant de la pierre sa pureté aimante, douce, presque molle,
organique... Recouvrir l'innocence d'un toucher éphémère
par un voile plus de visionnaire que de transparence...
L'on croit les cieux embryonnaires environnant les figures décidées
par le modelage de matières : ils sont une passerelle sur laquelle
Pascale a marché, enracinant ses pieds, tout autre chose que la
main d'un démiurge tendu vers le chaos terrestre pour l'asservir
en faisant mine de le discipliner...
L'on croit que la débauche des couleurs crues s'oppose aux lignes
des nus croisant leur fuite en un reflet se débordant sans s'oublier,
puis une " danse " est apparue, où le mouvement s'est
teint, où les corps ont dicté l'émerveillement et
la fatigue de l'instant qui s'échoue, se repose, exténuée...
Une pacification du temps dans cette captation " d'harmonies parallèles
à la nature " dont parle Cézanne, en pleine chair,
à plein bras : une disparition dissolue mais non " solvable
", qui prend possession du monde en se gardant à distance
de la représentation, où l'identique meurt pour donner naissance
au semblable - ce refus du semblant.
Par Florence Noailles
Rencontre le 11 février 2001
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