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Elli Drouilleau nous accueille avec un calme attentionné
: elle laisse à ses interlocuteurs le soin de se poser, de quitter agitation
ou indolence, de se cambrer et de se rétablir. Elle ne s'impose pas, elle
devine - de la même façon qu'elle observe dans l'espace de l'atelier les
équilibres se dessiner, les poids faire contretemps, les gravités se contredire,
les mouvements fixés se tendre et s'assouplir. Son coup d'œil, sa voix
soupèsent.
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| Les deux amis © Elli Drouilleau |
Montreuse de marionnettes sur table, conteuse, façonneuse
de personnages de papier, d'âmes éphémères, Elli Drouilleau orchestre
la géométrie variable des dimensions : celle du regard jeté et celle du
regard tout contre, comme en peinture le grain et l'effet, comme dans
ses théâtres, elle qui tient les fils et les baguettes, puis disparaît.
Ce n'est pas tromper, tricher avec les équilibres, mais apprécier leur
tour de force... Marionnettes ou bonshommes en torsion extrême sur leurs
échafaudages de tiges, défiant le vertige, manipulations de main ou portages,
tirants d'air, le plaisir sage d'Elli est de faire prendre vie à l'objet
inanimé. Le mobile, une fois pensé, quitte le port d'attache, organise
son trajet en révolutions, invente les attirances, relie les aimants,
configure une galaxie neuve.
Pièces uniques ou séries, Elli réfléchit en premier au personnage qu'elle
placera en apesanteur au bord du vide empêché... Les silhouettes sont
modelées dans des attitudes inquiétantes, et le spectateur sent cette
quête qui n'est pas une souffrance, mais qui dénie la figure humaine de
la Renaissance, trop parfaitement inscrite dans la quadrature du cercle
: les figures d'Elli, tout en corps et sans visage ne sont pas "en", au
"cœur", mais multiface, dessous, à la surface, à la périphérie d'eux-mêmes
- ils débordent.
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| La femme qui danse © Elli Drouilleau |
Elli monte, imbrique, accroche, espionne à l'intuition
les lois de la physique. Les mobiles poussent comme de beaux fruits, tenus
par les racines de la patience et de l'humilité, mis en culture selon
quelques thèmes commandés ou choisis ( comptines de ciels pour les enfants
; inspiration incontournable de la scène du cirque ; exigences d'exposition
; utilisation détournée de matériaux de récupération ; confrontation de
l'homme avec les reliefs de la machine)... Mais plus encore pour Elli
qu'un voeu d'exploration, l'aventure d'une sculpture suspendue qui se
métamorphose, une écriture vivante en trois dimensions.
Art ou artisanat, tout dépend si les uvres se suivent et se répondent...
Pas de règle, que des principes d'énergies communicantes, du sable qui
coule, une lente obstination de mer, un travail de profondeur, qui ne
pèse rien.
Par Florence Noailles
Rencontre le 17 août 2000
Paris, cité d'Angoulême
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